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21 NOVEMBRE  1944 : LA  LIBERTÉ  ENFIN !

 
 


21 Novembre 1944 , 13 heures : quelques éléments de l’armée de libération française arrivent au village , à pied , venant de Brevilliers , s’assurer que l’ennemi a bien quitté notre localité.
Après plus de quatre ans d’occupation , nous pouvons revivre , enfin libres !

 

 
 

L’Invasion de Juin 1940 et la Libération de Novembre 1944 se sont déroulées de manière presque identique. Dans le premier cas trois Allemands sont arrivés au village en side-car, venant de Dorans, s’assurer que les troupes françaises avaient quitté le village et dans le deuxième cas , ce que nous avons dit plus haut. Pour l’ennemi allemand l’euphorie de la victoire facile en 1940 contrastait avec la défaite prévisible de cette fin d’année 1944.

 
 

Souvenons-nous de ce qu’était notre village au début de la seconde guerre mondiale . On dénombrait une trentaine de foyers pour une population de quelques 120 personnes. Au nord –côté Argiésans- le village à droite s’arrête chez Renoux et à gauche chez Clément. Au sud les maisons Pierre Fesselet et Pierre Barencourt sont les dernières. A l’ouest les habitations Berbez à gauche et Weyh sont les dernières, rue d’Héricourt. Aucune construction , ni dans la rue du Pâquis , ni dans la rue des Breuils…

 
 

Fin 1939 deux fermes sont incendiées à peu de jours d’intervalle par la négligence de soldats français qui faisaient du feu pour se chauffer sans la plus élémentaire précaution. Il s’agit de la ferme qui est actuellement la maison Tozzi et l’autre où réside la famille Nicoud . Bien entendu tous les hommes de la commune répondant aux critères de mobilisation ont rejoint l’armée française. Ne restent au village que les femmes, les enfants et les hommes trop âgés pour refaire une deuxième guerre, car ceux-ci ont tous fait la guerre 14-18 .

 
 

 

 
 

Si les premières années d’occupation se passent sans trop de difficultés, peut-être en raison de la complaisance du gouvernement français , il n’en va pas de même lorsque l’ennemi commence à subir quelques revers outre-mer et lorsque la Résistance commence à s’organiser. La première alerte chez nous a lieu le 9 Mai 1944. Tôt le matin le village est complètement encerclé , tous les hommes de 16 ans et plus sont emmenés manu militari dans la salle de classe, où, nez au mur, ils subissent une fouille et contrôle d’identité assez musclés. Plusieurs de ces hommes et une jeune fille (elle se reconnaîtra) sont emmenés à la Kommandantur à Belfort pour un contrôle plus approfondi.
Roger Vuilley, réfractaire au S.T.O.,avait un plan pré-établi pour échapper à tout contrôle chez lui. Malheureusement en voulant fuir en forêt il a été stoppé par les balles des soldats qui formaient cercle autour du village : atteint aux jambes, il en garde des séquelles à ce jour. Si les personnes emmenées au commandement à Belfort ont pu rentrer le soir même , il n’en a pas été de même pour Mr Burkhalter qui , déporté à Dachau ,ne reverra jamais sa famille. Cet homme d’origine suisse-allemande aurait peut-être pu rentrer comme les autres personnes si , au moment de la rafle, un de ses fils,âgé de 15 ans , sachant qu’il y avait un vieux revolver à l’étage, n’avait jeté cette arme par la fenêtre . Le village étant cerné de toutes parts , il a été aisé aux Allemands de ramasser l’objet et de traiter le père de « terroriste ».
Quelques prisonniers de guerre de notre commune ont été libérés avant la fin de la guerre par suite de ce qu’on a appelé « la relève ». Des ouvriers français devaient aller travailler dans les usines allemandes et des prisonniers étaient libérés en échange. Ces travailleurs français étaient exposés aux bombardements aériens alliés dans les usines d’Allemagne, surtout les usines d’armement. 

 
 

 

 
 

C’est au cours de l’été 1944 qu’a été creusée la tranchée anti-chars. Elle avait trois à quatre mètres de profondeur et autant de largeur en surface et se situait entre Banvillars et Argiésans , pratiquement à l’endroit où a été enfoui le gazoduc dernièrement. Cette tranchée a été creusée par des civils réquisitionnés par l’occupant : des hommes du village, mais également d’autres localités et de Belfort même. Inutile de préciser que tout le monde était acheminé sur le lieu de travail à pied. On peut imaginer l’ardeur que ces personnes mettaient à œuvrer contre leur patrie , mais avec le nombre une quantité impressionnante de terre a été remuée , sur de nombreux kilomètres . Si la route de Banvillars-Argiésans a été épargnée pendant un temps , peu de temps avant la Libération plus de passage ! Seule la R.N.83 subsistait pour se rendre en ville. Les agriculteurs qui avaient des récoltes au-delà de cette tranchée devaient rejoindre leur ferme en passant par le village d’Argiésans. Sachant que les attelages étaient des bœufs pour la plupart, on peut imaginer le temps de transport !

 
 

Le débarquement sur les plages de Normandie , ajouté aux harcèlements de la Résistance , rend l’ennemi toujours plus agressif : il ne faut pas discuter un ordre : occupation d’une partie des locaux d’habitation pour installer un bureau , loger un sous-officier ou un officier , occupation des locaux de ferme pour loger chevaux et hommes de troupe, réquisition des bovins pour nourrir les soldats, autant de contraintes qu’il ne faut pas discuter par crainte des représailles.

 
 

Nous avons eu la chance de ne déplorer aucune victime civile , malgré les bombardements et mitraillages de la ligne de chemin de fer toute proche par l’aviation alliée. Les activités de la Résistance se font de plus en plus nombreuses, proches de chez nous : sectionnement de poteaux de ligne téléphonique en bordure de la ligne de chemin de fer, envoi d’une locomotive à vapeur , départ Héricourt , direction Belfort afin qu’elle se fracasse dans un trou de bombe sur la ligne à hauteur de Froideval, retardant ainsi la réparation des voies etc…

 
 

 

 
 

Autant d’actes qui rendent l’ennemi de plus en plus méfiant et agressif . la ligne électrique à haute tension Kembs-Troyes , qui passe en forêt de Châtenois et de Brevilliers, fut mise sous haute surveillance. Un support métallique, situé à plusieurs kilomètres du village devait être gardé par les hommes de Banvillars, de jour comme de nuit. Un tour de garde avait été établi, les hommes se relayaient toutes les quatre heures . naturellement ils n’étaient pas armés : qu’auraient-ils pu faire en cas de dynamitage de la part des résistants, sinon se sauver ? Il n’en fallait pas davantage pour que toute la population du village soit inquiétée. Il y avait également un tour de corvée pour emmener le repas de midi aux soldats allemands, avec un attelage et un chariot. Ils travaillaient en forêt à des tranchées de fantassins ou des installations de mitrailleuses et fils de fer barbelés, qui n’ont servi à rien ....

 
 

Des attelages étaient aussi réclamés pour effectuer des transports de munitions, de bois ou autres matières au service de l’ennemi. C’est dans ce climat d’inquiétude , de peur et d’impatience que se déroulèrent les semaines précédant la Libération .

 
 

On sait que les troupes françaises et alliées ont eu un progression très rapide depuis le débarquement sur les côtes de Provence, ne rencontrant que peu de résistance. Le matériel, les munitions ainsi que l’intendance n’arrivaient plus à suivre. Les troupes de libération durent s’arrêter pour se regrouper et attendre tout le nécessaire pour les combats qu’elles pensaient avoir à livrer avant leur entrée en Allemagne nazie.

 
 

 

 
 

Durant cette période d’attente, les activités de la Résistance se sont intensifiées, rendant l’ennemi toujours plus féroce. Il suffit pour s’en convaincre de regarder ces monuments élevés en mémoire de résistants lâchement fusillés :Banvillars , Offemont , le Fort Hatry etc, non seulement des résistants , mais aussi des populations civiles , comme à Etobon par exemple.

 
 

C’est le Mardi 14 Novembre 1944 que les troupes de libération se remettent en marche. Les premiers obus tombent sur le village et aux alentours, dans la matinée. Les forêts et prairies sont « aspergées » d’obus de petit calibre. Comme il y a une fine couche de neige , l’éclatement des obus provoque une tache noire dans la blancheur neigeuse. Un obus tombe sur une habitation, celle qui porte aujourd’hui le n°8 rue de la Source , provoquant un trou assez important dans la toiture . la solidarité s’organise dans le village : on recherche des tuiles chez les différents propriétaires afin d’effectuer la mise hors d’eau dans les moment de calme . On perçoit au loin le crépitement des mitrailleuses, les troupes avancent. Pour se préserver les familles se regroupent dans des caves recouvertes d’une dalle de béton, ou dans des étables avec une réserve de foin au-dessus. Les soldats allemands, peu nombreux au village ces derniers jours, allaient en opération en forêt direction Brevilliers-Bethoncourt pour rentrer ensuite au village prendre un peu de repos. Il valait mieux ne pas se barricader chez soi afin que ces combattants puissent pénétrer, ne serait-ce que pour boire de l’eau. Un sous-officier très lucide et parlant fort bien le Français, avait cette phrase le premier jour de l’attaque : « Que faire contre ça ? nous n’avons rien ! » Quelques jours avant la Libération, une ferme (maison Berkès) prenait feu, atteinte certainement par un obus incendiaire. Des soldats ennemis prêtaient main forte aux habitants du village pour aider à sortir quelques meubles du brasier. Inutile de préciser que le 18 ne répondait pas !

 
 

 

 
 

S’il n’y a pas eu de violents combats dans notre commune, il n’en a pas été de même aux alentours : à Buc , Chalonvillars et dans le sud du département notamment. A Banvillars quelques trous creusés à la hâte renfermaient les cadavres de soldats allemands tombés au combat. Ces derniers ont été exhumés après la guerre et mis dans une fosse commune avec des cercueils.

 
 

La dernière salve d’obus, une des plus fortes, fut tirée le 21 au matin, quelques heures avant l’arrivée des Libérateurs. La ferme au 6 rue de la Source a vu sa toiture amputée de quelques mètres carrés. Certains anciens combattants de 14-18 n’ont jamais voulu aller se terrer dans une cave ou ailleurs, ils ont passé les nuits dans leur lit : ils en avaient vu d’autres !

 
 

 

 
 

C’est vers 13 heures, deux heures après la fin du bombardement, que les quelques éléments cités ci-dessus montaient à pied la rue du Centre à la recherche de quelques soldats ennemis qui se cachaient dans les maisons pour être faits prisonniers. Les troupes allemandes combattantes avaient quitté le village la nuit précédente. Ces prisonniers qui se rendaient sans armes, sans défense, étaient malgré tout frappés, humiliés. Ne portons pas de jugement, c’était encore la guerre avec toutes ses horreurs.

 
 

Inutile de dire que ces quatre libérateurs furent accueillis en héros. Une cohorte d’enfants et d’adolescents les suivait pas à pas dans leur fouille du village, au mépris de toute fusillade pouvant encore survenir çà et là. En début de soirée les cloches sonnèrent à toute volée, annonçant la fin du cauchemar, d’une occupation qui avaient duré plus de quatre ans .

 
 

Souvenirs vécus , relatés par  ROBERT HAININ

 

 

 

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